petits bouts de rêves au black (6) : JE ME SUIS REVEILLE D'UN BON PIED DROIT CE MATIN !

petits bouts de rêves au black (6) : JE ME SUIS REVEILLE D'UN BON PIED DROIT CE MATIN !
Ah. Je me suis réveillé ce matin d'un bon pied. Un bon pied droit. Très longtemps que ça m'était plus arrivé, se réveiller d'un bon pied droit ! La dernière fois remonte à...la semaine qui vient de passer ? Le mois dernier sans doute ? Et pourquoi pas l'année d'avant ? Oh je sais plus ! Ça doit faire longtemps. J'en garde quelques petits bouts dans les yeux. Tout de même. Il avait dansé jusqu'à midi, mon pied droit. Danser comme un vrai saint. Pas besoin de musique pour danser, vous savez. Pas besoin. Il danse sur tout ce qui ronronne aux alentours. Tout ce qui froufroute dans les recoins. Tout ce qui miaule entre les fissures. Personne ne peut l'arrêter de danser dans ces cas-là. Même pas moi. Je te jure !

Mon chef du quartier en avait eu pour son compte ce jour-là. M'en souviens encore. Il avait voulu l'arrêter, mon pied droit qui dansait comme un vrai saint. Dis donc, on n'arrête pas un pied droit qui danse, tu le savais pas ? Ah il s'était fâché, mon pied droit. Une colère tropicale. Vous savez ce que c'est qu'une colère tropicale ? Des yeux qui clignotent rougement, une gueule qui se tord comme une machine à tordre, des dents qui claquent comme si on les avait lâché au milieu d'un champ d'hiver, le c½ur qui cogne et sonne à la fois, des mains qui fulminent, des narines qui palpitent. Vous n'avez qu'une seule envie écrabouiller jusqu'à la dernière goutte de salive, triturer jusqu'à la dernière herbe.

Faut pas l'arrêter, mon pied droit quand il danse ! Demandez mon chef du quartier ! Il vous en dira des nouvelles. Il avait chialé comme le gosse de ma cousine germaine. La cognée avait été douloureuse et pimentée. C'est de sa faute ! Il avait voulu l'arrêter. Ça l'emmerdait de le voir danser comme ça. Comme si c'était mon pied, le responsable de sa boiterie. Chut, il boite, mon chef, il boite du pied droit. Une honteuse boiterie à chier de rire. Une lamentable boiterie ramassée après une nuit de cuite pure et dure dans une gargote cachée au fond de Gomboville. Une cuite pas raisonnable. Une cuite suicidaire. Trente six bouteilles de bière allemande dans le giron en une seule nuit. Tout ça pour fêter une nomination à deux balles.
Une nomination ? Tout ça pour une putain de nomination ? Je vous le dis : ce pays est un vrai théâtre à ciel ouvert. Même les grecs n'auraient pas rêvé mieux !

Tout le quartier l'avait mis en garde. Chef, tu es cinglé de boire comme si la fin du monde était proclamée pour après demain midi au fond de ta gorge. Mêmes les Polonais ne boivent plus comme tu bois. Arrête, chef ! Il n'avait rien voulu entendre. Il avait continué à avaler ses grosses allemandes. Les unes après les autres. Toutes les six minutes. Non toutes les trois. Puis il s'était levé gaillardement et s'était dirigé vers la piste bondée. Son ventre avait pris un gros coup de ballon. Trente six grosses allemandes ! Ses yeux étaient devenus biereux et son c½ur bouilleux. La musique grondait. Les lumières dansaient de toutes leurs couleurs. Il avait machinalement ouvert sa braguette et avait arrosé de son eau kaki le bout de moquette gris qui couvrait la piste de danse. Il avait pissé pendant des heures. On aurait dit un robinet en colère. Le bar avait viré brusquement à l'hystérie. Les buveurs avaient arrêté de boire. Les peloteurs de peloter. Les embrasseurs d'embrasser. Les danseurs de danser. Les caresseurs de caresser. Les regardeurs de regarder. Les emmerdeurs d'emmerder. Les guetteurs de guetter. Comment est-ce possible ? Nom de dieu, non ! Tous criaient au scandale en pointant cet étrange bonhomme d'un âge avancé qui flanquait ses trente six allemandes sur le parquet sans aucune gêne dans sa quéquette. L'½il goguenard et exquis, il continuait à pisser comme un robinet géant.

Le bar était inondé jusqu'au fond de la bouteille. Les gens pataugeaient dans le pipi. Le gros pipi du chef. D'autres se noyaient. Les mégots, les verres et les tabourets se baladaient gaiement au fil de l'urine qui puait l'allemande. C'est affreux une urine qui pue l'allemande. Une odeur dure à avaler. Une odeur pénible. Une odeur de fond de culotte à la piquette rouge. Une odeur pigalloise. Mon chef du quartier pissait en chantant la Barseillaise. Allons enfants de la fatigue, le jour de poisse est arrivé ! Allons gosses de la géhenne, les ballons ronds sont dégonflés ! On avait arrêté la musique. On avait tout arrêté. Pas possible ça ! Un chef de quartier qui pisse en l'air comme un ruisseau ? Putain, il ne pouvait pas le faire dans son lit ?

Qu'est ce qu'il a à nous emmerder comme ça ! Oh comprenez, c'est parce qu'il vient d'être nommé chargé des érections présidentielles. C'est pour ça qu'il pisse comme on ne pisse plus de nos jours.

C'est vrai. Mon chef du quartier avait été nommé chargé des érections présidentielles du jour au lendemain grâce à ses cheveux blancs et à ses yeux rouges. C'est sur lui que pesait désormais l'après-demain du commandant des armées Yango na Yango, notre cher président que les gosses des quartiers périphériques avaient surnommé Papa Soudard. Il devait se creuser la tête nuit et jour. Se creuser la tête pour trouver la formule qui passe. La formule facile à avaler. La formule qui fasse oublier les trente cinq ans de pipi et de caca. Les trente ans de déboire majuscule. Trente cinq ans de coups de poings dans la gueule. Trente cinq ans d'armes à feu. Trente cinq ans de coups foireux. Trente cinq ans de...

Ah c'est pour ça qu'il nous pisse tout ce fleuve Gombo ?
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# Posté le jeudi 09 juillet 2009 19:07

petits bouts de rêves au black 5 : L'ENFANT MYSTERE

petits bouts de rêves au black 5 : L'ENFANT MYSTERE
Darmala était une fois. Darmala ? Les mauvaises langues disent qu'elle a des yeux de cabri, des lèvres de chameau et des pieds de canard, qu'elle ronfle comme un vieux ventilateur. On raconte aussi que les filles se coupent de rire lorsqu'elle passe sa route et les hommes font comme s'ils ne la voyaient pas, les badauds lui jettent des galets aux fesses. Ce matin-là elle pleurait comme une môme qui se réveille à 5 h du matin pour réclamer son bol de lait. Vous savez comment pleure une môme qui réclame son bol de lait à 5 h du matin ? C'est la seule manière qu'elle avait trouvée pour fêter son anniversaire. Elle venait de totaliser 46 ans d'âge.

Juchée sur un tabouret en bois blanc, devant sa vieille baraque, elle pleurait depuis plus de 6 heures. Nous étions à l'heure où les ouvriers rentrent chez eux pour brouter un morceau avant de repartir au trou. Elle pleurait. Ça commençait à exaspérer tout le quartier. Les commentaires s'empilaient. Quoi, c'est juste pour cet anniversaire de rien du tout qu'elle sanglote comme une môme qui réclame son bol de lait à 5 h du matin ? On devrait l'enfermer, cette demeurée, nom de dieu de merde ! La mine imperturbable, elle laissait silencieusement couler sur ses joues les larmes d'une môme qui réclame son bol de lait à 5 h du matin. De temps en temps elle ouvrait au coin de sa bouche un sourire narquois. Il faut dire qu'elle était aux anges. Ses 46 ans n'étaient pas une broutille. Elle était enceinte. Oui, enceinte. Elle, la pauvre dame qui passait sa vie à traire les vaches aux côtés d'un homme qui passait tout son temps à regarder passer les trains. Qui l'aurait cru ? Personne. Même pas Elmola Ouma, le fameux marabout du coin de la rue 14 qui vendait ses dons de voyance sur une natte fripée.

Darmala Anconi. Elle n'avait jamais eu d'enfant jusque-là. Je vous jure. Elle a fait la ronde des médecins et des féticheurs du pays. Ses tentatives sont restées stériles. Les mauvaises langues l'ont surnommé madame la fille au ventre de sable. Je me souviens, un médium lui a révélé qu'à l'âge de 7 ans elle s'est fait bouffer les trompes au village par sa tante, qu'elle pouvait remuer ses reins et ses seins, jamais de la vie elle ne mettrait bas. Elle en avait été accablée jusqu'à la moelle. Ses cheveux et ses poils étaient tombés de dépit. Elle s'était claquemurée pendant de longs mois pour ne pas se faire railler. Elle avait fini par adopter un enfant. Une jolie prunelle de six ans ramassée devant un bar polonais un soir d'automne. Mais ç'a tourné au vinaigre. Elle lui a cassé tous ses ½ufs sans lui laisser la moindre omelette. Dès que le matin se pointait, elle se mettait à fourrager, à mélanger les serviettes et les torchons, à braiser les olives en même temps que les endives. Excédée, elle était allée la remettre un soir à sa place. Le bar avait été remplacé par un hôtel de passe. Mais pour elle c'était la même chose. Maintenant elle était grosse pour de vrai. Le curé italien de la paroisse du quartier n'avait pas mangé ses mots en palpant sournoisement son gros ventre : ma fille, tu es enceinte de 6 mois. Enceinte de 6 mois, moi ? Nom de dieu, comment est-ce possible que je ne m'en sois rendu compte de rien ? Ah tu sais, les mystères de dieu sont imprévisibles. Elle était rentrée chez elle comme une détraquée, songeant aux mille mots qu'elle tricoterait pour annoncer la nouvelle à son homme. Mais, sur la route, elle s'est souvenue qu'il n'était pas là, qu'il avait fait une fugue, sa quatrième fugue depuis le début du ramadan. Ça vous étonne, un mari qui fait une fugue ? La première fois, il est sorti avec une ombrelle. Les voisines venaient consoler la pauvre Darmala en apportant chacune une tranche de ragot sous la dent. Oh pauvre de toi, on a vu ton mari gémir devant le poste de police, il paraît qu'il avait une clochette entre les pattes. Deux mois après il est revenu avec une rose à la main. La deuxième fois, elle l'a retrouvé au fond d'une cave, manipulant une marionnette en fils noirs. J'en ai marre de brouter des effluves de vache folle !

Les semaines et les mois sont passés. Darmala continuait à pleurer comme une môme qui réclame son bol de lait à 5 h du matin. Ses larmes avaient formé un étrange petit ruisseau qui coulait joyeusement dans la petite avenue des 3 martyrs, devenue soudain célèbre : des touristes venaient des quatre coins pour faire le saint Thomas, les photographes se livraient une bataille de singe, les journalistes venaient camper dès les premières gorges du coq. « Un ruisseau qui prend sa source dans les yeux d'une dame qui sent la vache, ça se ne voit pas tous les jours ! » Pendant ce temps, le ventre de la dame n'arrêtait pas de pousser sous sa robe à fleurs. Les mauvaises langues racontaient que la malheureuse y avait caché un gros melon d'eau, juste pour enquiquiner le monde. Les bonnes langues, quant à elles, assuraient au contraire que le bon dieu avait fini par entendre les cris d'une dame que tout le monde repoussait. Qui en était l'auteur ? La question était vite lâchée. Voyons, ça ne peut pas être son homme, il crie qu'il ne la touche jamais. Les dames, grignotées par la jalousie, regardaient leurs maris avec des yeux soupçonneux. On attendait. Le quartier attendait. Le pays attendait. Six mois. Onze mois. Quinze mois. Seize. On s'impatientait On bougonnait. On grognassait. Seize mois de grossesse ! Jamais on n'a vu ça dans le pays. Ce n'est pas un enfant qui pousse là-dedans, j'en sais quelque chose. Quelque chose, quoi ? Ma mère a passé dix-huit mois et demi de galère sous le lit de la maternité. Eh oui ! Toutes les nuits elle sentait venir le bébé. Toutes les nuits nous courrions à son chevet. La fripouille ne sortait toujours pas. Elle se consentait de donner des coups de poings fumants. L'accoucheuse a pris peur. Elle a jeté le gant. Le lendemain, on a vu déguerpir une tortue à double carapace. Et si c'était un vieux clochard qui en veut au monde entier ? Son dernier séjour sur terre a été un naufrage. 21 ans au chômage. Il est mort la gueule plissée de rage. Il est revenu le plus possible. Maintenant il va prendre sa revanche. Ah elle va en baver, la pauvre. Oh ne vous emballez pas. Le gamin prend ses précautions, un point c'est tout, il voudrait s'assurer si, dans ce pays, les choses sont à leur vraie place. Il ne veut pas se gourer. On papotait de midi à quatorze heures. Au matin de la 3e semaine du 29e mois naissait sous un tabouret en bois blanc un bébé aux yeux coriaces. Darmala l'avait soigneusement lavé dans le ruisseau de larmes en chantant d'étranges ritournelles. Fait étrange, le môme sentait aussi la bouse de vache. Le pays n'en revenait pas. On en parla dans toute la presse : « une dame qui sent la bouse de vache a accouché d'un bébé qui pue la bouse de vache ». Le ministre de la santé et de l'agriculture parla d'un cas médical suspect. Le chef du gouvernement promit de mobiliser un millier de francs pour rechercher les causes sous-jacentes de cette anomalie. Les opposants, quant à eux, accusèrent le pouvoir d'avoir monté un coup médiatique fumeux pour dévier les yeux critiques de la communauté internationale sur la gestion villageoise des richesses du pays. Les croyants virent là le signe que la fin du monde était proche.

Darmala avait accouché toute seule. Son enfant avait poussé un cri strident en se faufilant habilement entre ses jambes maculées de sang. Elle l'avait pris dans ses bras après l'avoir longuement humé, et lui avait ensuite marmonné une petite berceuse au creux de l'oreille. Un homme vêtu d'un manteau gris se fraya le passage dans la foule bigarrée qui grossissait autour d'eux. C'était Alonzo, l'époux de Darmala qui revenait. Il s'approcha. Qu'est ce que tu fous là, toi ? Quoi, tu n'as pas vu tous ces gamins qui traînent un destin de pacotille, ces chômeurs qui bourdonnent sur le trottoir comme des mouches à merde ? Allez, repars d'où tu viens, avant qu'il ne soit trop tard. Le môme a plongé ses yeux coriaces dans les yeux courroucés d'Alonzo avant de s'exclamer : ne t'inquiète pas papa, je saurai me défendre, je suis coriace, tu sais ! Le pauvre Alonzo n'en croyait pas ses yeux. La foule était médusée. Le môme parle, vous vous rendez compte ? C'est fou ça.

« Je changerai les choses. Vous n'irez plus jamais chercher des aiguilles dans des bottes de foin inondées de pipi. » « Voyons, tu n'es pas raisonnable, pauvre imbécile. Ici c'est dur. Les choses ont perdu les pédales. On ne sait plus à quel fétiche se vouer. » « Je balaierai tout ça. Je broderai du neuf sur du neuf. Les gens sauront de quel ventre je viens. Ils en verront de toutes les douleurs. »

Un bébé qui parle. La nouvelle est allée faire le tour du pays. Darmala en riait de bonheur. Tous les matins elle hurlait à la foule de plus en plus nombreuse : voyez, je vous ai pondu un génie. Alonzo s'était enfui. Une 5ème fugue. Il avait eu très peur. Ma femme m'a tricoté un monstre, avait-il miaulé avant de mettre les voiles. La semaine d'après, l'enfant s'était mis à marcher, à courir, à gambader, à grimper, à sauter, à caracoler. Darmala continuait à s'esclaffer. Un dimanche matin, on le vit se baigner tout nu dans le ruisseau. Le bain dura de longues heures. Quand il sortit de l'eau, il chanta : « Le pays est maudit. On s'arrache les yeux sur la place publique. Nous sommes devenus de véritables bêtes de foire. Ça hurle. Ça jacasse. Le monde entier chausse des lunettes de soleil pour guigner le spectacle. Ce pays-ci est détraqué. On nous cloue la gueule avec du sparadrap. On barricade nos rêves avec du fer à béton. Le monde entier se marre sur son canapé. On entend son rire jusqu'aux confins de Missouri. On venait de loin pour l'écouter. Darmala l'accompagnait en battant des mains. D'ailleurs tout le quartier s'y était mis, qui avec un accordéon, qui d'autre avec un bandonéon, une cloche, un tam-tam. Le gouvernement commençait à grincer des dents. Un autre jour on l'a vu se réveiller avec un gros cahier. Il venait de passer la nuit à écrire des lettres mortes. La presse parla d'un génie à la plume rouspéteuse. Mais pendant qu'il pérorait, une voiture aux vitres fumées lui est passé sur la gueule. La foule a hurlé de panique. Le petit corps barbotait dans le sang. Nous étions dimanche 3 avril à 5 h de l'après-midi. C'était un dimanche pas comme les autres. Il sentait la moutarde. On se demandait d'où il sortait. Le soleil chauffait à blanc. Les vieux se baladaient à poil. Déjà la veille les gens s'étaient doutés qu'il allait se passer quelque chose dans le voisinage. Il avait plu toute la nuit. Les trombes d'eau avaient couleur d'urines. Voilà, le môme venait d'être biffé de la liste officielle des vivants de la république. Darmala pleura pendant 3 jours et 3 nuits. Le ruisseau gonfla. Les eaux montèrent sur les toits, inondèrent les marchés et les hôpitaux, défoncèrent les prisons avant de disparaître définitivement dans un égout, à quelques mètres du palais. Au sixième jour on amena le corps de l'enfant-mystère au cimetière. Tout le quartier marcha silencieusement derrière le cercueil que portait le gentil curé italien sur ses épaules. On creusa rapidement un petit trou à côté d'une vieille tombe en briques cuites. Le chef de quartier s'approcha, débita son discours funéraire et fit signe aux deux croque-morts. Mais soudain, comme dans un songe, le cercueil s'ouvrit. Le môme se leva, balaya la foule de ces yeux coriaces, puis hurla d'une voix râpeuse : ohé, apportez-moi ma cravate rouge, je vais à la fête, le roi est mort, ce soir la reine dormira sous le pont ! Il s'éclata d'un gros rire narquois et dévala la pente. Sous le coup de l'émotion, le chef de quartier piqua une crise cardiaque. La foule se plia de panique. Le curé italien se signa 3 fois. Darmala, émue et ravie, se mit à chantonner comme un môme qui venait de boire son bol de lait...
Guy Alexandre Sounda
Angers, le 2 juillet 2009

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# Posté le vendredi 03 juillet 2009 04:08
Modifié le vendredi 03 juillet 2009 04:39

petits bouts de rêves au black (4) : MON PETIT ONCLE A DISPARU DANS UN VERRE DE VIN A LA PRESIDENCHE DE LA RIPOUBLIQUE

petits bouts de rêves au black (4)  : MON PETIT  ONCLE A DISPARU DANS UN VERRE DE VIN A LA PRESIDENCHE DE LA RIPOUBLIQUE
Chut. Une mauvaise nouvelle. Elle est tombée hier soir. Nous étions à table. Maman et moi à table. Autour d'un bouillon de caïman aux champignons de brousse. Chut. Personne ne sait mieux qu'elle tricoter un bouillon de caïman aux champignons de brousse au feu de bois. Même pas vous ! Un bouillon bien sauvage avec une soupe ambrée dans laquelle nagent une cohorte de piments rouges et verts et une meute de crevettes cueillies dans la fleur de l'âge. Je vous vois remuer les yeux. Qu'est ce qu'une crevette vient aboyer dans un bouillon de caïman ? Ne me le demandez pas. C'est la recette à maman. Sa recette-fetiche ! Elle me dit souvent que sa marmite est républicainement démocratique. Elle me dit : dans ma marmite, les serpents à sonnette côtoient les rats des champs sans aucune intention de meurtre, les phacochères se lissent la barbe sous les pattes d'éléphants sans aucun bruit, les queues de persil prêtent leurs voix et leurs senteurs aux lièvres et aux chèvres et tout ce beau petit monde cuit petitement sans aucun nuage de chichi. Nos hommes pourritiques devraient tous lui demander conseil. C'est vrai. Ne faut pas avoir honte. Surtout pas.

Comment faites-vous, chère Madame, pour cuire pendant des heures toutes ces ethnies de bestioles dans une même marmite sans qu'elles ne se crachent dessus ? Moi ça fait vingt ans que j'essaie de faire la même chose. Et moi trente ans ! Et moi donc ! Mais ça n'a jamais marché. Jamais. Mes ethnies se pissent dessus. Mes tribus se crèvent les yeux. Vous savez ce que c'est qu'un vrai foutoir républicain ?

Je lui demanderai un jour de vendre sa formule à la Franche. Elle en a bien besoin. Urgemment. Quoi vous ne le saviez pas ? Où avez-vous donc les yeux ! Ça grouille d'humaux la Franche ! Des humaux de toutes sortes. De toutes les tailles. Ceux d'outre-ciel avec des oreilles qui pendent. Ceux du bassin du Gombo avec des peaux tannées comme du cuir à cochon. Et puis ceux d'outre-terre flanqués de fesses-arrosoir qui éclaboussent les trottoirs que nos cousins les éboueurs se tuent à brosser la nuit. Les blackos. Les chinos. Les blédos. Les clandos. Les abracadabros. Un beau petit monde sans portes ni fenêtres, pour parler comme maman. Un malheureux petit monde qui rampe sans chaussettes sur les pavés de la gare de l'est. Ça pourrait nous rapporter des sous. D'ailleurs il n'y a pas que la Franche. Hélas. Le Gombo aussi. Ce petit pays de trois millions d'âmes même pas. Trois bouchées de millions de crottes qui se mâchent les oreilles matin et soir. Trois millions de poussières qui s'empoisonnent l'existence à coup de pilon. Trois millions de sornettes à la sauce gombo. Je le lui dirai demain matin. Non. Après-demain. C'est mieux. Elle sera encore triste demain matin maman. Triste et inconsolable. Pauvre maman. Son grand petit frère a disparu dans un demi-verre de vin rouge. Un demi-verre de vin rouge posé sur une table longue de trente mètres. Au milieu de six mille quatre cent demi-verres de vin rouge. La nouvelle nous est tombée hier soir pendant que nous nous régalions. Elle est tombée sans avertir. Maman tenait deux morceaux de viande sous la dent. Et moi quatre. Chut. Je mange plus loin que maman. Normal. Mon ventre grogne tout le temps. Même quand il faut pas. Alors je le fais taire à le bourrant au quart de tour. Quelquefois il se plaint. Quel farceur ! La vérité c'est qu'il tiendra pas une seconde dans les bourrasques de Yongo.

Il paraît qu'à Yongo les choses sont pourries comme c'est pas possible. Pourries de bas en haut. Pourries comme il faut pas. Les gens ne mangent qu'une fois par mois. C'est vrai ça ? J'y crois pas moi. Des sornettes tout ça. C'est pour décourager les clandestins. Manger une fois par mois ! Maman a hurlé plus fort qu'elle. Les murs ont volé en lambeaux. Son grand petit frère disparu dans un verre de porto ? La chose s'est passée à la présidenche de la ripoublique. À l'occasion de l'an vingt-six de la révolution sochaliste de mars 1977. Oh je ne vais pas vous le rappeler. Vous la connaissez, cette étourderie monumentale. Ça s'est passé en pleine nuit. Une grande fête. Les bières pleuvaient. Les sauces giclaient. Les crèmes dégoulinaient. Les vins suintaient. Une vraie bamboula du temps des Gromains. Les gens mangeaient à crever à même le sol. Pissaient comme des fontaines piquées d'hystérie. Tous les chefs étaient là. Les chefs de quartiers. Les chefs de clans. Les chefs de tribu. Les chefs des bureaux. Les chefs de machines à broyer du linge sale en famille. Les chefs des peaux bananes. Les chefs des ustensiles de cuisine. Impossible de les énumérer tous. Vous savez, il y a tellement de chefs de nous. Tous étaient là, je vous dis ! Vous êtes sourd ou quoi ? Et tous sont repartis les pieds sur les pieds. Tous sauf mon grand petit oncle ! Quelqu'un l'a vu disparaître dans ce putain de petit verre de vin rouge. Disparaître sans laisser de traces. Vous comprenez ? Sans laisser un brin de poussière sur le plancher. Je vous ai pas dit : il était chef lui aussi, mon petit oncle, chef des mangeurs de fromages. Il adorait le fromage. Dès qu'il entendait l'odeur d'un fromage quelque part il fonçait comme un taureau sans s'occuper des feux. Il s'en foutait des feux lui...

Maman a crié plus loin que ses poumons. Comment est-ce possible ? Un costaud comme lui ne peut pas se laisser avaler par un malheureux petit verre de vin ! Elle pleure. Elle vocifère. Elle s'éclate. Elle se griffe son visage ridé. Elle s'arrache ses cheveux blancs. En deux jours, elle a viré en une défroque triturée par une douleur blanchâtre et dégoulinante de sueur. Non. Pas possible. Il y a un lièvre sous la roche. Elle a sans doute raison. Il doit y avoir un éléphant sous le caillou. Comment croire à une mort pareille ? Un mec de 192 kilos disparaître dans un demi-verre ! C'est comme si on vous disait que Tarzan s'est noyé dans une bouteille de coca après avoir avalé 5 litres d'eau de mer. Que Rambo a été écrasé par un char en bambou. Que le ciel s'est écroulé dans les yeux d'un ivrogne. Que...

Que lui ont-ils fait ? Que leur a t-il fait ? Il était si gentil. Il ne parlait presque pas. Il fallait lui cogner dessus pour lui arracher un mot. Il passait sa vie dans le fromage. Le fromage et la roupille. C'est quoi cette embrouille à la noix de coco ? Elle s'est levée. Je parle de maman-là. Elle a noué son pagne trois fois. Elle a craché deux fois. Elle m'a regardé puis elle s'est mise à faire le compte des anguilles qui pouvaient y avoir sous la roche de cette mort pas possible pour un sou. J'ai compté avec elle. C'est ma maman quand même. Je ne pouvais pas la laisser seule dans cette popote. Nous avons compté jusqu'au matin. Nos narines et nos paupières se fermaient toutes seules. Le sommeil et la fatigue nous flanquaient de gros coups de reins. Mais nous avons tenu bon.

1ère anguille : et si c'était à cause de ses quatre petites lettres fermées adressées à Papa national qu'il a été zigouillé ? Quatre petites lettres écrites d'un seul trait en une nuit : papa national, tu n'es qu'une bouffissure, une épluchure, une goyave sans sucre, une crotte de chien enragée ! par ta faute, ce pays est entrain de devenir une ferraille rouillée, une brique cuite fissurée, une avalanche de maux bouseux, une putréfaction dans les yeux d'un gosse de six ans même pas, une calamité larguée par les fils du diable à coups de pieds dans le cul, une hachure qui pue la fin des fins, un vrai bordel !

2ème anguille : il a barbouillé, il y a trois mois une larme sur les murs d'un manoir appartenant au camarade premier secrétaire du parti gombolois du travail, une gigantesque larme qui coulait sur la joue d'un jeune soldat qui revenait du front sans ses deux bras et ses deux oreilles. Les miliciens ont passé dix jours à laver le dessin à l'eau de javel. Il ne partait toujours pas. Ils ont appelé les sapeurs-pompiers. Ils n'ont pas pu. Ils n'étaient pas assez sapés. La larme était une dure à cuir. Pour en finir ils ont fait venir les loubars du seizième régiment blindé. Il a écrabouillé le mur et le manoir.

3ème anguille : il allait chanter tous les soirs devant la statue du feu président assassiné par l'impérialisme et ses neveux locaux. Il chantait jusqu'au petit matin. Il chantait comme si c'était pour la dernière fois...Ah président ! Nous sommes devenus un pays maudit depuis que tu es parti. On s'arrache les dents et les yeux sur la place publique. Nous sommes de vraies bêtes de foire. Un spectacle honteux et lamentable. Les voisins sont obligés de chausser des lunettes fumées pour ne pas le voir. Les miliciens l'ont chassé à coups de crosse dans les mollets. Depuis la statue a changé de place. Ils l'ont caché dans l'arrière-cour du cimetière du parti.

Matin a ouvert la fenêtre de la baraque. Nous étions encore là à compter les anguilles. Midi a toqué à la porte. Furieusement. Rien. Bigrement rien. Nous cherchions encore. Nous avons fouillé partout jusqu'à la tombée de la nuit. Nous avons jeté sens dessous dessus. Les rocs. Les cailloux. Les galets. Les pavés. Les récifs. Nous avons soulevé les montagnes. Brûlé les toits et les greniers. Foutrement rien. Maman pleurait comme quand elle était enfant. On venait de lui ravir son frère. À cause d'une anguille qui n'était même pas sous une roche. Je pleurais avec elle. Nous pleurions tous les deux à la même vitesse. La même cadence. Le même volume. Le même...Le verre de la présidenche a avalé mon oncle. Le verre de la présidenche a englouti mon frère. Allons défoncer les fenêtres du palais. Allons tirer les volets du coupable. Allons mettre le feu à ses draps. Allons...

Ma femme m'a réveillé. Elle a eu peur. Je suais. Je criais dans mon sommeil. Je lançais des coups de pattes dans son ventre. Tiens, je vous ai pas dit : elle est enceinte. Enceinte de 6 mois. Déjà. C'est un garçon. C'est le féticheur qui nous l'a dit. L'infirmier n'a rien dit encore. Je me lève. Je tire les rideaux. Pas ceux de la présidenche. Je tiens à vivre moi. Il fait jour. Les oiseaux font la fête dans la cour...

Guy Alexandre Sounda
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# Posté le samedi 27 juin 2009 08:44
Modifié le lundi 29 juin 2009 15:19

petits bouts de rêves au black (3) : GOMBOVILLE ENTRE TROIS ET SIX HEURES DU MATIN

petits bouts de rêves au black (3) : GOMBOVILLE ENTRE TROIS ET SIX HEURES DU MATIN
Nom de dieu ! Gomboville n'a pas dormi sur ses deux oreilles cette nuit. Entre trois heures et six heures trente du matin les chiens poussaient des hurlements de chiens mouillés. Des hurlements à vous rompre les ficelles. Des hurlements cassants quoi ! On aurait dit une armée de chiens fantômes lâchée par le diable en personne. Même « les démocrates » l'une des gargotes les plus branchées du moment a fermé boutique plutôt que d'habitude. Ah oui. Elle a eu raison : sur la piste on entendait plus que la musique des chiens. Les buveurs ne savaient plus où donner de la bouteille. Jamais de mémoire de Gombovillois on avait entendu une meute de chiens hurler de cette manière-là. Non je vous jure. Ça commence par des roucoulements de hyènes puis des sifflements d'oiseaux nocturnes puis ensuite des craquements de feuilles mortes puis ensuite des chuintements d'alcoolos grippés. La ville a eu vraiment peur. Certains c½urs ont pété. Surtout les plus fragiles. J'ai vu des gens courir à l'église poitrine dehors. Les plus peureux ont même ficelé leurs ballots de défroques. Ils ont cru que c'est le quinze juin qui revenait en catimini.

Vous savez ce que c'est que le quinze juin mille neuf sans barricades ? Bon dieu, rappelez-vous cette fameuse guéguerre qui nous a tous foutu dehors il y a dix ans !

Maman m'a susurré qu'il se passe des choses étranges au palais. Voilà pourquoi les chiens hurlent comme des soudards. Papa national refuse de mourir eh oui de mourir au pouvoir. Il n'arrête pas de pleurer. Il pleure de midi à quatorze heures. Il pleure dans son patois. Je ne veux pas mourir au pouvoir ! Je veux vivre au pouvoir mais pas mourir ! Je suis venu au pouvoir pour vivre pas pour mourir putain de nom de dieu de merde de dieu ! Mais la mort refuse de l'écouter. Ah non pas cette fois-ci ! La dernière fois c'était il y dix ans. Le même baratin. Les mêmes larmes de phacochère. Elle est bien résolue la mort. Oh cette fois tu ne m'auras pas ! Papa national pleure en français. Ça ne marche pas. Cette mort-là n'entend pas une seule petite poussière de français. C'est pas une mort francophonique cette mort-là ! D'ailleurs personne au palais ne sait d'où elle sort. Personne n'a jamais vu une mort aussi baraquée. Une mort aussi bien bronzée. Une mort magnifiquement sapée. Chapeau melon. Cravate à fleurs de peau. Pompes en forme de bateau. La classe quoi ! Alors...

Il faut dire qu'il n'a pas de chance, Papa national. Pas de chance. Il vient de larguer quinze milliards dans une foutaise monumentale !

Je l'ignorais. C'est maman qui me l'a chuchoté entre deux verres de vin de palme. Sacrée maman ! Voilà : paraît qu'il a fait le tour des voyeurs et des voyants, le tour des charlatans et des marabouts, le tour de féticheurs et des margouillats, le tour des prêtres et des pasteurs, le tour des roublards et des rogneurs, le tour des griots à deux sous. Le tour des tours et des tournis avec la même phrase amère et saccadée dans la gueule : aidez-moi, je veux pas mourir au pouvoir, je veux vivre moi pas mourir bon dieu de merde ! Mais tous lui crachaient la même réponse. Vous ne pouvez pas faire autrement papa. Vous finirez par mourir au pouvoir. Les choses ont été écrites dans cette épaisseur-là. Dans cette fureur-là. Dans cette colère-là. Personne ne pourra les changer. Tu mourras au pouvoir. Point final. Puis le pays passera à autre chose. Le peuple se prendra un autre. Un autre capitaine. On t'oubliera. Même tes quarante gosses ne sauront même plus comment tu t'appelles. Ça le rendait malade t'entendre ça. Il en perdait sommeil. Pas possible ça. Sa femme avait eu beau lui murmurer ses plus belles berceuses mais rien ! Il ne mangeait plus et ne baisait plus. La phrase revenait entre deux grognements. Je veux pas mourir. Je veux pas putain ! Mais la mort était là. Pimpante. Parfumée...Le jour où son conseiller aux affaires triviales est venu lui annoncer qu'il y avait quelque part haute Romandie, dans une petite bourgade de six cent mille habitants une femme pas comme les autres femmes, une femme avec des couilles d'or, de vraies couilles d'or, il avait dansé comme il n'avait jamais dansé de sa vie. Une femme aux couilles d'or ? Tu veux rire ? Ça n'existe pas une femme aux couilles d'or ! Il avait plongé ses gros yeux dans les yeux cramoisis du conseiller pour y épingler quelque malice. C'est la vérité chef, elle a des couilles comme ce n'est pas possible. Grosses et dorées. Elle seule peut vous aider à rester au pouvoir sans y mourir. Elle fait des choses somptueusement couillues...

Maman m'a regardé. Un brin. Pour s'assurer que je ne dormais pas et que je l'écoutais de bout en bout. Elle n'a pas hésité de me récurer les oreilles pour ne pas que je perde un mot de ce qu'elle allait me dire. Elle a repris sa phrase : cette femme fait des choses couillues de bas en haut. Elle recoud les hommes que la vie a déchirés en petits morceaux de viande à braiser. Ah tiens, écoute le plus important : elle coach toutes sortes de chefs d'état ! Des chefs d'état en fin de parcours. Des chefs d'état à la retraite anticipée. Des chefs d'état déchiquetés par des rebellions chroniques. Des chefs d'état poussés dehors par on ne sait quel peuple culotté jusqu'au fond de la culotte. Des chefs d'état...Papa national avait donc dansé comme personne ne l'avait jamais vu danser au palais. Le lendemain il avait couru comme un gamin à l'aéroport. Un petit avion l'attendait au bout de la piste. Direction haute Romandie. Durant le voyage il s'était brodé les idées les plus folles. Des idées les plus incongrues. Les plus ubuesques. Les plus rocambolesques. Les plus poussiéreuses. Les plus cahoteuses. Les plus simiesques. Il s'était vu nageant à c½ur ouvert dans les bras de cette étrange dame dont ses collègues chefs d'état de la sous région vantaient les compétences et surtout la pugnacité des couilles.

Des couilles savantes. Des couilles qui vous sauvent la vie en un tour de passe-passe. Des couilles qui vous laissent sain et sauf au pouvoir. Des couilles qui meurent à votre place...

La ville n'a pas bien dormi cette nuit. A cause des chiens. A cause de cette mort bien sapée qui ne veut pas partir sans son papa national. A cause du président qui ne veut pas mourir au pouvoir. Je le comprends. On ne vient pas au pouvoir pour mourir mais pour vivre jusqu'à la fin des temps. La fin des temps. Celle qui ne finira jamais. Celle qui n'est pas encore là. Celle qui tarde à venir. Qu'il s'en aille hurle maman ! Qu'il s'en aille ! Je veux plus le blairer ce pauvre con ! Je la comprends aussi, maman. D'ailleurs personne ne veut plus de lui. Quarante au pouvoir. Tous ses collègues sont morts mais lui non. Il reste là. Il est tout fatigué. Tout avachi de la gueule. Tout rabougri de la tête aux pieds. Tout baveux des oreilles. Tout pouilleux du nez. Mais il reste quand même. La femme aux couilles en or n'a rien pu faire. Elle est coach pas féticheuse. Elle aussi lui a dit la même phrase : t'as pas le choix, tu mourras dans ton fauteuil de marbre. La mort ricane. Elle se balance dans la chambre. Elle attend son heure. J'ouvre mes yeux. Cinq heures du matin. Il faut que je sorte. Je viens d'avoir une idée en or. Je vais devenir coach moi aussi. Pas n'importe quel coach. Coach comme cette splendide dame. Le seul souci c'est que je ne les aurai jamais en or. Tant pis. Peu importe. Je cours à la bibliothèque. Il doit bien y avoir un bouquin qui traite du sujet. Comment coacher un chef d'état en fin de parcours et qui ne veut pas partir même quand toutes ses pommes sont cuites ?

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# Posté le vendredi 26 juin 2009 03:14

vendredi 26 juin à la librairie Résistances : SOIREE MASCARADES ELECTORALES EN FRANCAFRIQUE

vendredi 26 juin à la librairie Résistances : SOIREE MASCARADES ELECTORALES EN FRANCAFRIQUE
Vendredi 26 juin 2009,
Par Susanne Shigihara //
Agenda Survie Paris


A la veille d'un scrutin présidentiel prévu pour le 12 juillet 2009 et organisé par le pouvoir dans des conditions totalement opaques, il est important de rappeler quel personnage sanguinaire règne sur le Congo-Brazzaville, cette pièce maîtresse dans l'approvisionnement pétrolier de la France. Depuis 1979, et seulement interrompue par un court printemps démocratique après la chute du mur de Berlin entre 1992 et 1997, Denis Sassou Nguesso sème la terreur parmi une population réduite à la plus grande misère. Le putsch qui l'a ramené au pouvoir avec l'aide directe de la France a coûté la vie à d'innombrables personnes. Cette guerre contre les civils qui a débuté le 5 juin 1997 et duré jusqu'en 2000, s'est déroulée à huis clos, sans aucune attention des médias internationaux.

Dans un contexte actuel des plus tendu et pour alerter le public en France, nous vous présentons dans cette soirée le rapport d'une enquête sur le meurtre de Marien Ngouabi, président du Congo-Brazzaville de 1968 à 1977, de son prédécesseur Alphonse Massamba-Débat, du Cardinal Biayenda et beaucoup d'autres dans ce qu'on appelle la semaine sanglante de mars 1977. Ce rapport est issue de la commission « Assassinats » au sein de la Conférence Nationale Souveraine du Congo-Brazzaville qui s'était tenu d'avril à juin 1991 et qui a attribué un total d'environ 3000 assassinats à Sassou Nguesso.

Le récit du complot du 18 mars 1977, digne d'un thriller, décrit avec justesse le caractère du personnage qui s'apprête, plus de 30 ans plus tard, à s'incruster encore pour 7 ans de plus à la tête du pays.

Guy Alexandre Sounda, auteur-comédien-metteur en scène né à Brazzaville, nous guide à travers cette soirée entre passé, présent et avenir avec ses « Petits bouts de rêves au black » où il nous parle du peuple congolais abandonné à son sort et obligé de se débrouiller seul dans un immense gâchis qui découle – il faudrait bien l'admettre un jour – en très grande partie de la responsabilité de la France.

avec Guy Alexandre Sounda (théâtre), Apkass (récitation), la Fédération des Congolais de la Diaspora et Survie (Zoul, Susanne, etc...)

Vendredi, 26 juin 2009, 18:30
Librairie Résistances, 4, Villa Compoint, 75017 Paris
M° Guy Môquet (ou Brochant), BUS 31 : Arrêt « Davy-Moines »
Tel : 01 42 28 89 52. Fax : 01 42 28 95 29
# Posté le lundi 15 juin 2009 12:21
Modifié le lundi 29 juin 2009 07:48