petits bouts de rêves au black (2) : PAPA NATIONAL VIENT DE CASSER SA GROSSE PIPE

petits bouts de rêves au black (2) : PAPA NATIONAL VIENT DE CASSER SA GROSSE PIPE
Nous étions mercredi hier. Ils sont jeudi aujourd'hui. Un jeudi noir. Le ciel a disparu dans le ciel. Les oiseaux ne savent plus où donner de l'aile. Les pauvres. Le vent est furieux. Je ne sais pas pourquoi. Il nous crache des insultes dans sa langue. C'est pourquoi ils font la gueule d'acajou saccagé par la dernière tornade. La gueule d'okoumé coupé en cinq par la foudre. Vous savez de qui je parle ? Des nouveaux riches voyons ! Les nouveaux riches de la République du Gombo Démocratique – mais oui ceux-là qui papillonnent soir et matin autour de papa National. Ah ah vous vous souvenez maintenant ! Ceux-là qui font gigoter nos nanas et nos mamas pendant que nous nous trimons à la fabrique. Ils ont le fric facile eux et nous la vie dure. Les fils de pute ! Les dollars congolois dansent le mampouka serré dans leurs poches. Ce sont de vrais magiciens du fric. Ils dépensent les yeux et les narines fermés. Mille par ci. Onze mille par là...

Et ça fricote dans les angles morts de la république et ça crachote dans les chiottes de la municipalité. Et ça hurle de plaisir dans les puisards de la voirie. Et ça bouffe comme des régiments furieusement blindés. Chut. Et ça boit comme des Polonais d'avant-guerre. Et ça tricote des slogans à vous donner le tournis et la grippe. Papa nachional oyé ! La démocrachie oyé ! La vie pour eux se résume à quatre charmants petits verbes conjugués fesses sur le bidet au présent de l'indicatif : mangeailler boirailler dansailler baisailler. Travailler ? Ils ne connaissent pas ce verbe-là. Ils ne le connaissent pas ! Oui je le jure sur les deux tombes de mon fils coupé en deux morceaux pendant la guerre de juin mille neuf sans barricades !

C'est d'ailleurs pour ça qu'ils font la gueule aujourd'hui ! Une gueule de chinchard ! Une gueule de bois mort au cachot ! Une gueule à vous exploser la gueule à coups de marteau en plein midi ! Une gueule de fantassin déchu ! Une gueule de paillasse au bout d'un rouleau de papier-cul ! Les nouvelles ne sont pas bonnes. Radio Gombo crache le même chant de deuil depuis ce matin. De grosses larmes rouges coulent sur les pommettes de Madoukoutsé, vous savez le fameux ruisseau congolois qui charrie à longueur des journées des tonnes et des tonnes de sachets de caca. Personne ne sait d'où ça provient. L'autre jour maman m'a dit que ça vient du palais. Il paraît que c'est bourré de chieurs professionnels le palais. Des chieurs à lier. Des chieurs qui chient comme ils respirent. Qui ne peuvent pas s'empêcher de chier même quand ils dorment. Elle pense maman que dans six matins même pas la république deviendra un immense champ de cacaoyers. Tous les bouffeurs de caca du monde entier viendront faire leur petit marché chez nous.

Le Gombo Démocratique sera le premier pays producteur et diffuseur de caca brut. Ah oui ça nous changera du pétrole. Le pétrole toujours le pétrole. Y en a marre à la fin ! Il nous a rendu fous ce truc-là. Il nous a pourri la citrouille. Il nous a fait se massacrer les uns les autres. Vous entendez ça ? Massacrés et largués dans le fleuve Gombo. Il a débauché nos gosses. Pas bon le pétrole. Maman est en grève. Ça fait dix jours qu'elle n'a pas mis son pied à l'église. Elle bougonne sans arrêt. Elle se demande pourquoi le bon Dieu nous a collé une pareille saloperie dans les fesses. Elle a raison. Dieu ne pouvait-il pas inventer autre chose ? Le bédrole par exemple. Personne n'en veut. Ça sert à rien. Ça fait bientôt 400 ans que ça pourrit dans le fleuve !

Ah nous avions eu le bédrole à la place du pétrole ! Nous serions heureux. N'y aurait pas Self Gombo, vous savez cette putain de société boffeshore qui nous pompe notre pétrole pour une pincée de cacahuètes et de noix colas à la fin du mois ! N'y aurait pas toute cette avalanche de serpents broussailleux qui vous crachotent le feu et la poussière chaque fois que vous levez votre petit doigt. Les nanjas à tête de nouilles avariées. Les cobras à gueule d'alcoolos péteux. Les mambas aux narines bourrées de crottes de chien. N'y aurait pas de colonisés et d'intellectuels baveux qui braillent des discours à vous faire ronfler d'ennui etde rage dans les bras vos mamans. N'y aurait pas de maquisards dans nos forêts. N'y aurait pas de coups d'état à coups de marteau dans la gueule. Nous serions heureux de la tête aux pieds. Pas de pétrole. Rien que du bédrole. À nous la belle vie quoi. À nous le sommeil jusqu'aux oreilles. Nos enfants ne se feraient pas bouffer par des requins au large de la Méditerranée. Ils n'iraient pas chanter dans le métro moyennant dix malheureux centimes et dix vilains petits regards visqueux. Maman a raison. Si nous avions eu le bétrole seulement le bétrole ma femme ne serait pas partie avec ce salaud de Debouazo. Il travaille à Self Gombo. Il gagne des millions paraît-il. Il va se blanchir les fesses dix fois par an là-bas sur la rive gauche de la seine. Un vrai con. C'est vrai maman a raison. Elle parle beaucoup. Je reconnais. Mais putain, elle dit des choses qui arrivent tout le temps. Elle est intelligente. On aurait dû la mettre au gouvernement. Elle travaillerait cent cinquante mille fois mieux. Mais bon passons !

Revenons à la fesse de l'affaire ! Une affaire pas les autres affaires ! Une affaire à vous couper la langue ! Une triste affaire de gombo mal distribuée ! Une malheureuse petite affaire de fesses non subventionnées ! Une minable connerie d'affaire de pots-de-vin chinois ! Une affaire à faire hurler Dieu de colère ! Où en étais-je ? Ah oui les nouveaux riches et le jeudi noir ! Ils font la gueule des mauvais jours ce matin. Je les entends couiner à la radio. Ils pleurent chacun dans son patois. Papa national vient de casser sa pipe. Voilà pourquoi. Vous comprenez ? Le président est mort dans son lit de mort. Mort la braguette ouverte. Pas eu le temps de la fermer. Il avait une sacrée braguette notre Papa national. Bavarde et chieuse comme une meute de gamins au fond d'une classe de CP1. Elle nous a laissé une centaine de petits bâtards dans les angles morts de la république. Là où les yeux du peuple n'arrivent jamais. Mais çà personne ne le sait sauf maman. Quelle coriace ! Les nouveaux riches chialent. Papa national est mort. Il a été mangé par un palu rebelle qui se cachait dans son placard. Vous le croyez vous ? Moi non. Ça ne meurt pas de palu un président. Le peuple oui mais pas lui. Maman sait ce qui s'est passé. Il est mort à cause d'un petit pot aux roses dans lequel il cachait un tout petit serpent à sonnette que sa femme a découvert sous le lit alors qu'elle cherchait sa bague en diamant que venait tout juste de lui offrir son bel amant, le ministre des sots et forêts de la république. Le serpent n'est pas n'importe quel serpent. C'est un esprit. Un génie. Une sorte sirène des bois fabriqués par un marabout bourguignon. C'est grâce à cette bestiole qu'il est resté cinquante ans au pouvoir. Vous vous rendez compte ? Cinquante ans de pouvoir ! Cinquante de caca et de pipi dans les culottes du peuple ! Cinquante de bouse de vache dans nos bols tous les jours ! Cinquante ans de morve au fond des narines du peuple ! Cinquante ans de sottises !

Une chose : le marabout avait été clair. Personne d'autre que toi ne doit mettre son doigt dans le pot. Personne surtout pas ta femme ! Les choses avaient roulé sur leurs roulettes pendant cinquante ans. Roulées sur leurs patins à roulettes. Roulées dans la farine. Dans la mouise. Roulées dans su papier à rouler. Mais une putain de bague en diamant a mis fin à la roulotte. Une roulotte outrageusement russe. La femme a plongé sa main sous lit. Le pot n'était pas si loin. Le serpent a sorti ses sonnettes et ses crochets. La femme a crié. La bête a faufilé sous les draps. Le vent a beuglé. Le ciel s'est voilé. La maison a tremblé. La femme s'est écroulée sur le carreau. Morte sous les morsures. Papa national a accouru. Il n'a pas eu le temps de fermer sa braguette. Son c½ur a pété cinquante câbles à fois. Vous auriez eu peur. Ses poumons se sont noyés. Fin du tableau. Les nouveaux riches ne savent plus à quel chien se vouer. Les pauvres. Ils courent dans tous les sens. Ils se marchent dessus. Ils mettent dans leurs poches tout ce qui peut entrer dans leurs poches. Le temps presse. Il faut faire vite. L'aube n'est plus si loin. Personne ne doit savoir. Surtout pas le peuple. Il est chiant. Il peut nous poser des questions. De sales questions. Bordel faisons vite ! La radio continue à distiller le même chant. Mon ventre grogne. J'ai faim. J'ouvre les yeux. Je regarde ma montre. Il est quatre heures quarante. Ma femme ronfle. Un chapelet de frottements d'étoffes mouillés et de ronrons de blattes en chaleur s'échappent de son nez. Je me lève. Je me suis rappelé : un bouillon de chèvre aux champignons de brousse m'attendait à la cuisine. C'est pas facile de rêver au black. Ça vous creuse le ventre

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# Posté le vendredi 12 juin 2009 14:24
Modifié le samedi 27 juin 2009 08:49

petits bouts de rêves au black (1) : PAPOTAGE CONGOLOIS A L'HUILE DE PALME

petits bouts de rêves au black (1) : PAPOTAGE CONGOLOIS A L'HUILE DE PALME
J'ai rêvé avant-hier. À une heure du matin. Cloué au lit. Un rhume mal soigné. Le toubib a raté son diagnostique. Il a pris mon rhume de foin pour une grippe à bière. Il m'a bourré de comprimés et de sirops anti-bière pendant douze jours. J'ai failli y passer. C'est grâce à maman que je suis encore là. Elle m'a envoyé son féticheur. Il a su en deux chants et deux crachats sur mon front pourquoi mes jambes ne m'écoutaient plus et pourquoi mes yeux n'en faisaient qu'à leurs yeux. C'est vrai. L'½il gauche louchait à gauche et celui de droite guignait à droite. Ils ne voulaient même plus sentir le bouillon de cabri aux champignons sauvages que ma femme nous mijote chaque soir après nos six verres de gin. Le féticheur de maman qui est devenu aussi le mien m'a prescrit un traitement à vous faire grimper la tour de Pise à vélo. Quatre noix de colas rouges à brouter toutes les quatre minutes. Deux braises à écraser sous les talons entre chaque repas. Cinq litres de vin de palme à engloutir avant les premières gorges de la poule de mon voisin. Maintenant ça va mieux. Mon rhum a brûlé son foin. Je l'avoue : tout ça m'a fait très peur. Et...Mais bon passons !

J'ai rêvé. Je flânais sur l'avenue de la révolution. C'était le soir. Les gamins roulaient sur la boue laissée par les deux dernières pluies. Les automobiles bringuebalaient sur le bitume jonché de crevasses. Les lampes électriques diffusaient d'un air paresseux du haut de leurs poteaux en bois d'acajou une lumière déprimée. Mais on pouvait quand même déchiffrer après deux ou trois cillements des slogans barbouillés à la chaux sur les mûrs déchirés par la guerre de juin mille neuf sans barricades, vous savez celle qui a opposé durant cinq mois toutes les tribus de serpents qui s'emmerdaient depuis des années dans nos brousses. Les najas. Les cobras. Les pythons. Les vipères. Les couleuvres. Les haut-parleurs municipaux crachaient une chanson de Franco. Maya mon amour. Le morceau préféré de notre Papa national. On le diffusait plus de mille fois par jour. C'est normal. L'érection présidentielle s'était bouclée sur une note radieuse. Pas de déchirement. Aucune goutte de sang. Même pas un couinerie. Le peuple pissait de plaisir. On pissait partout. Dans les parcs. Dans les cafés. Dans les bus et les marchés. Le pays puait de pipi. Et...

- Pour la douzième fois consécutive, mon général Joachim Potassé, fils aîné de sa mère Jeanne Fricassé et de son père Pierre Monassé, a été réélu sur une majorité écrasante de six millions de voix !

- Six millions de voix ? Vous avez entendu ça ? C'est pas possible ! Le pays ne compte même pas un million d'habitants ! Vous pensez bien avec toutes ces guéguerres qui se font la queue !

- Et alors ? Qui vous a dit que tous nos morts sont morts ? Y en a qui respirent encore ! Ils vont le voir tous les lundis matin à la présidence ! Ils apprécient beaucoup sa façon de diriger le pays !

- Ah oui ! Ils soutiennent son projet : 40% de plombage dans le sud et 70% de gommage dans le nord. Ils le comprennent même mieux que nous tous ici. Voilà pourquoi ils l'ont voté cette année !

Deux semaines avant son discours officiel, le tout premier depuis sa prise de pouvoir par des urnes équipées de radars anti-fraude, il a ordonné aux fantassins de la nouvelle garde ripoublicaine d'aromatiser toutes les tombes éparpillées sur le territoire national. Toutes sans distinction de tribus ! Seulement voilà : une petite couille a fait foirer le projet. Trois cent mille femmes, veuves et nièces des martyrs de la révolution du 18 mars soixante dix-sept, ont monté des barricades géantes à l'entrée de chaque cimetière. Elles hurlaient que leurs époux ont été tués pour rien et que cette putain de révolution n'était qu'un vulgaire petit coup de poker rafistolé à la va-vite par des mafieux de l'armée nationale pour assurer leur gombo ! Elles criaient si fort que je me suis réveillé en vrac. Mon c½ur cognait. Mon nez suintait. Lisa ronflait. Lisa c'est mon épouse. J'ai essayé de la réveiller. Tu parles ! Elle grognait chaque fois je la remuais. Laissez-moi vous avouer une chose : la gorge de ma femme est plus bruyantes que la mienne surtout après avoir ingurgité trois verres de gin sec et un bouillon de chèvre aux champignons sauvages !

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# Posté le lundi 08 juin 2009 18:16
Modifié le lundi 29 juin 2009 07:53

un prochain petit bout de rêve au black : REVER COMME IL NE ME SERA JAMAIS DONNE DE REVER MEME MORT

un prochain petit bout de rêve au black : REVER COMME IL  NE ME SERA JAMAIS DONNE DE REVER MEME MORT
Rêver ! Vous est-il déjà arrivé de rêver ? Rêver comme il ne vous sera jamais donné de rêver même mort ? Rêver dans ce pays coincé entre 2 vagues folles qui creusent chaque jour le gouffre dans lequel la république plongerait dans pas longtemps si le Pape et ses travailleurs bénévoles ne remuaient pas le petit doigt ? Ce pays où le fils du président se prend pour le président du fils en brodant des fils à retordre avec tout ce qui lui tombe sous la main ? Ce pays où les citoyens fatigués de ramper au bas de la muraille revendent en sachets de dix centimes leur destin de pacotille en attendant de crever de blennorragie ? Rêver comme si le ciel allait se casser la gueule sur votre gueule alors que vous filez une longue queue devant le Ministère de la soupe populaire ? Rêver poches vides et pieds nus devant le Ministère du trésor public pendant que la pluie vous barbouille le visage et que les nouveaux riches – ces chômeurs de luxe qui tourbillonnent entre midi et deux autour du Pouvoir – font virevolter les femmes et les bagnoles aux mêmes endroits ? Rêver de sel de chine et de viande de chasse pendant que vous mastiquez machinalement une baguette de manioc à la pâte d'arachide ?

Rêver dans ce putain de pays merde où rêver peut être pris comme une satanée tentative de coup d'état préméditée passible d'un emprisonnement à mort surtout si vous avez rêvé d'épouser la cousine de la nièce de la s½ur du proche voisin de la cousine du fameux gardien de nuit qui a eu le vilain toupet de plonger quatre fois de suite ses yeux sommeilleux dans ceux du Président lorsqu'il venait brouter en catimini la femme de son garde du corps le caporal-simple Ernest Onga pendant que celui-ci crachait ses poumons au CHTU à cause des six paquets de brunes qu'il grillait entre minuit et six heures du matin au temps où il montait la garde au palais moyennant six crises de palu par mois ? Rêver la gueule ouverte à l'heure froide et constipée où les vendeuses de queue de dindon rentrent chez elles avec leurs lots d'invendus sur le dos ? Rêver lorsque vous vous retrouvez coincés entre deux kalachnikovs pétant de rage dans les mains d'un milicien complètement chanvré ? Rêver jusqu'au fond de votre bouteille de bière payée à crédit chez le barman d'en face qui risque de mettre sa clé sous le paillasson s'il n'arrête pas de vous prêter son alcool qu'il obtient grâce à sa fille cadette qui sort avec le directeur de la brasserie ? Rêver les narines bourrées de morve ?

Rêver au plus lointain de vos quatre gamins tous âgés de quatre ans et pondus par quatre mamans différentes qui elles ont été pondues par une même mère sous la même moustiquaire avec quatre pères d'ethnies différentes ? Rêver là où ça fait grincer vos quatorze dents cariées qui ne sortent qu'à minuit de peur de croiser les quatorze mille sourires étincelants qui patrouillent dans la ville ? Rêver là où ça crache votre minable sang de tuberculeux chronique jamais admis au CHTU parce que trop fauché et pas suffisamment connu dans le milieu des hommes pourritiques ? Rêver là où ça pète vos dix câbles de chômeur à la retraite anticipée sans aucune noix de colas ni un verre de vin pour tenir le coup ? Rêver même quand la faim et sa cousine la soif vous poussent dehors à deux heures du matin au milieu d'une meute de chiens enragés et de clochards péteux ? Rêver à califourchon sur le dos d'une pauvre gamine de quinze ans que son père vient de vomir en plein midi parce qu'elle est allée lui ramasser une sixième grossesse du côté de la gare où fourmillent les roublards de toutes les couleurs ? Rêver lorsque les routes qui vous mènent à la capitale se sont cassé le nez dès la première pluie ?

Je vous confie mes rêves. Brodés au black faute de permis de rêver. Ne vous inquiétez pas. Je l'aurais un jour ce putain de permis ! J'en ai fait la demande auprès du Ministère des rêves démocratiques. Je dois attendre un peu. Le ministre n'est pas là. Il est allé accoucher en île de France. Il a refusé le risque d'ouvrir ses jambes aux infirmiers tropicaux qui bourdonnent dans nos hôpitaux bondés à mort. Son gosse ne sera pas n'importe quel gosse. Il le bombardera directeur de cabinet dès qu'il aura seize ans oh même pas puis ministre de la jeunesse élégante et des sports de combat à mains nues dès qu'il aura frôlé la petite vingtaine. Il faut le comprendre. Il a un permis de rêver. Il peut rêver ce qu'il lui tombe dans la caboche : pisser sur la pelouse de la maison blanche, serrer la main gauche du Pape, traverser la mer Rouge sur une tige d'allumette ou mettre le trésor public sous le lit de sa mère. Il peut rêver tout ça. Il ne risque rien. N'est-il pas le fils du Président ? Tous les rêves pondus sur le territoire national passent sous ses aisselles avant de prendre le large. D'ailleurs il nous a sorti un décret la semaine dernière : sont considérés officiellement et officieusement comme potins de bas étage tous les rêves sans distinction de patois circulant sous le manteau ou vadrouillant d'une oreille à une autre !

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# Posté le lundi 08 juin 2009 18:09
Modifié le lundi 29 juin 2009 07:52

un duo conte congolais pour une belle aventure marionnettique : MANIPUL'ACTEURS

un duo conte congolais pour une belle aventure marionnettique : MANIPUL'ACTEURS
Ulrich Ntoyo & Dorient Kally. Deux jeunes artistes congolais de Pointe Noire que je n'avais pas vu depuis presque dix ans. L'un a fait ses premiers pas au Théâtre des verts avec mon frère Roch Baloukou et l'autre auprès de Jean Jules Koukou, un autre frère d'armes décédé il y a quelques années. Ils ont grandi. J'ai pu en effet le voir à travers leur dernier spectacle dont la portée laisse profiler une carrière juteuse dans l'art de la marionnette.

Ce spectacle s'attache à construire une représentation marionnettique de notre monde, métaphore poétique à même de mettre en lumière les mécanismes de la manipulation. Le propos de l'auteur ainsi que de la mise en scène collective qui en est tiré nous content une histoire, qui en quelque sorte commence à l'âge des temps. Un petit homme si tôt créé se voit envahir par l'irrésistible envie de découvrir le monde, un monde qu'il imagine tout beau. Mais son créateur le met en garde de ce voyage qu'il veut entreprendre à travers le monde. Car, dit-il, les hommes ont du mal à s'accepter dans leurs différences.

Petit Homme qui est tout aussi différent de toutes les autres créatures, décide néanmoins d'entreprendre ce voyage à la découverte du monde. Très progressivement, au cours de son parcours vont apparaître des petits personnages qui feront naître de petites histoires. Les envies de ce bout d'homme sont plus grandes que les difficultés qu'il rencontre : il voudrait créer un monde idéal où les hommes vivraient en parfaite harmonie. Même s'il se rend compte que les hommes ont du mal à s'accepter dans leurs différences, il ne baisse pas pour autant ses bras. Même s'il se trouve confronté aux préjugés, à la peur et à l'indifférence, il tentera tout de même d'ouvrir les yeux et le c½ur de chacun pour mettre fin à l'absurdité de la haine entre les peuples. Mais le monde n'est pas un conte fabuleux, et son combat s'avèrera long et tumultueux.

Ce spectacle est une belle proposition. L'idée est belle voire grandiose. Elle nous met devant un fait accompli : aussi différents que nous puissions être, nous sommes condamnés à vivre ensemble pour le meilleure et le délire. La richesse des uns et la pauvreté des autres ne remettent pas en question notre cohabitation puisque c'est de là que viennent l'harmonie et le bien être. Ce spectacle est un chant à l'amour et à la tolérance dans un monde où nos crottes et nos poussières prennent le dessus sur la raison, dans un monde qui de plus en plus devient une baignoire cahoteuse où les forts se délectent de la sueur des faibles. J'ai été aussi subjugué par le jeu à la fois terrien et aérien des acteurs : les deux françaises et les deux congolais, auteurs collectifs de cette mise en scène superbe. Le décor, ici des valoches d'un autre âge, bougent sans cesse et font éclater l'espace en même temps que le propos du jeune auteur, Dorient Kally. On sort de ce spectacle un peu grandi et très bouleversé. Leurs mots se mettent à trotter en nous aussitôt que la dernière valoche est fermée. Bon vent aux acteurs !
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# Posté le jeudi 30 avril 2009 06:09
Modifié le jeudi 30 avril 2009 06:53

un conte fou écrit par matondo kubu turé : VOUS ÊTES BIEN DE CE PAYS ?

un conte fou écrit par matondo kubu turé : VOUS ÊTES BIEN DE CE PAYS ?
J'ai écrit ce texte au sortir de la guerre de 1998-1999 qui a secoué le Congo. Cette guerre a été le spectacle d'un certain nombre de comportements inédits dans notre société. A la place de la sorcellerie et de l'envoûtement " normaux " que soignait " traditionnellement " le tradi-praticien, ont surgi les sorcelleries du viol, du pillage, de l'assassinat ethnique et autres, nécessitant à mon avis l'expertise du psychiatre, figure tutélaire que je propose face à l'irruption de ces nouvelles dérives historiques. Je n'ai pas considéré mon texte comme un roman, mais comme un conte. La suggestion onirique du roman est très en deçà de celle du conte. A mon avis, la dimension du roman ne peut plus saisir l'urgence des réalités africaines actuelles. La vie au quotidien en Afrique a largement dépassé la notion même de fiction. Le travail auquel je m'attelle actuellement, est d'arriver à traduire les tempos de l'Afrique dans toute leur folie exponentielle.

Les démocraties en Afrique sont l'exercice des minorités : paradoxe essentiel ! Ceux qui n'ont ni eau, ni électricité, qui ne peuvent se soigner convenablement, qui ne peuvent financer les études de leur progéniture, ceux qui sont engagés pour la liberté d'expression... sont souvent ceux qui finissent sur les feux des kalachnikovs. Dans la ville qui m'a vu naître, il y a des quartiers entiers qui ne sont même plus des bidonvilles; dans mon livre, j'en fais une description allusive (seulement); la réalité est plus tragique : nous avons vaincu les bidonvilles; ces quartiers sont des espaces où l'on enterre (à vie) les vivants. Le continent, un jour justement, devra se lever et dire : " je n'ai pas d'anus; je ne dois pas voter des budgets pour acheter du papier hygiénique." On nous impose des besoins de l'extérieur, pour alimenter les réseaux de corruption animés par les minorités au pouvoir.

Tout mon livre est parcouru par un humour dynamique. Je ne me donne certes aucune âme de militant passionnel. Dans notre pays le Congo, tous, nous savons le mal que cette race de reptiles a causé à notre patrie. Mais comme le chantait Brel : " la vie ne fait pas de cadeau " et nous ne devons surtout pas laisser les asticots entonner l'air éternel de la pourriture. Chacun pourra porter le jugement qui sera à sa portée, mais cette soi-disant " folle" n'est pas folle selon moi. Son histoire personnelle lui a imposé un état d'être qui n'est plus une rampe du quotidien. Elle surplombe la norme sclérosante. Elle pose des questions, une question au pays, à ses enfants. Au Congo, écrire s'apparente à un acte inutile. Depuis des décennies, les minorités au pouvoir ont intellectuellement terrorisé les catégories sociales susceptibles d'ouvrir un livre.

Extrait d'une interview réalisé Marc Talansi, publiée sur www.mwinda.org
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# Posté le lundi 20 avril 2009 20:15