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petits bouts de rêves au black (1) : PAPOTAGE CONGOLOIS A L'HUILE DE PALME

petits bouts de rêves au black (1) : PAPOTAGE CONGOLOIS A L'HUILE DE PALME
J'ai rêvé avant-hier. À une heure du matin. Cloué au lit. Un rhume mal soigné. Le toubib a raté son diagnostique. Il a pris mon rhume de foin pour une grippe à bière. Il m'a bourré de comprimés et de sirops anti-bière pendant douze jours. J'ai failli y passer. C'est grâce à maman que je suis encore là. Elle m'a envoyé son féticheur. Il a su en deux chants et deux crachats sur mon front pourquoi mes jambes ne m'écoutaient plus et pourquoi mes yeux n'en faisaient qu'à leurs yeux. C'est vrai. L'½il gauche louchait à gauche et celui de droite guignait à droite. Ils ne voulaient même plus sentir le bouillon de cabri aux champignons sauvages que ma femme nous mijote chaque soir après nos six verres de gin. Le féticheur de maman qui est devenu aussi le mien m'a prescrit un traitement à vous faire grimper la tour de Pise à vélo. Quatre noix de colas rouges à brouter toutes les quatre minutes. Deux braises à écraser sous les talons entre chaque repas. Cinq litres de vin de palme à engloutir avant les premières gorges de la poule de mon voisin. Maintenant ça va mieux. Mon rhum a brûlé son foin. Je l'avoue : tout ça m'a fait très peur. Et...Mais bon passons !

J'ai rêvé. Je flânais sur l'avenue de la révolution. C'était le soir. Les gamins roulaient sur la boue laissée par les deux dernières pluies. Les automobiles bringuebalaient sur le bitume jonché de crevasses. Les lampes électriques diffusaient d'un air paresseux du haut de leurs poteaux en bois d'acajou une lumière déprimée. Mais on pouvait quand même déchiffrer après deux ou trois cillements des slogans barbouillés à la chaux sur les mûrs déchirés par la guerre de juin mille neuf sans barricades, vous savez celle qui a opposé durant cinq mois toutes les tribus de serpents qui s'emmerdaient depuis des années dans nos brousses. Les najas. Les cobras. Les pythons. Les vipères. Les couleuvres. Les haut-parleurs municipaux crachaient une chanson de Franco. Maya mon amour. Le morceau préféré de notre Papa national. On le diffusait plus de mille fois par jour. C'est normal. L'érection présidentielle s'était bouclée sur une note radieuse. Pas de déchirement. Aucune goutte de sang. Même pas un couinerie. Le peuple pissait de plaisir. On pissait partout. Dans les parcs. Dans les cafés. Dans les bus et les marchés. Le pays puait de pipi. Et...

- Pour la douzième fois consécutive, mon général Joachim Potassé, fils aîné de sa mère Jeanne Fricassé et de son père Pierre Monassé, a été réélu sur une majorité écrasante de six millions de voix !

- Six millions de voix ? Vous avez entendu ça ? C'est pas possible ! Le pays ne compte même pas un million d'habitants ! Vous pensez bien avec toutes ces guéguerres qui se font la queue !

- Et alors ? Qui vous a dit que tous nos morts sont morts ? Y en a qui respirent encore ! Ils vont le voir tous les lundis matin à la présidence ! Ils apprécient beaucoup sa façon de diriger le pays !

- Ah oui ! Ils soutiennent son projet : 40% de plombage dans le sud et 70% de gommage dans le nord. Ils le comprennent même mieux que nous tous ici. Voilà pourquoi ils l'ont voté cette année !

Deux semaines avant son discours officiel, le tout premier depuis sa prise de pouvoir par des urnes équipées de radars anti-fraude, il a ordonné aux fantassins de la nouvelle garde ripoublicaine d'aromatiser toutes les tombes éparpillées sur le territoire national. Toutes sans distinction de tribus ! Seulement voilà : une petite couille a fait foirer le projet. Trois cent mille femmes, veuves et nièces des martyrs de la révolution du 18 mars soixante dix-sept, ont monté des barricades géantes à l'entrée de chaque cimetière. Elles hurlaient que leurs époux ont été tués pour rien et que cette putain de révolution n'était qu'un vulgaire petit coup de poker rafistolé à la va-vite par des mafieux de l'armée nationale pour assurer leur gombo ! Elles criaient si fort que je me suis réveillé en vrac. Mon c½ur cognait. Mon nez suintait. Lisa ronflait. Lisa c'est mon épouse. J'ai essayé de la réveiller. Tu parles ! Elle grognait chaque fois je la remuais. Laissez-moi vous avouer une chose : la gorge de ma femme est plus bruyantes que la mienne surtout après avoir ingurgité trois verres de gin sec et un bouillon de chèvre aux champignons sauvages !

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# Posté le lundi 08 juin 2009 18:16

Modifié le lundi 29 juin 2009 07:53

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