dernière note biodégradable : UN PARCOURS TISSE AVEC DU FIL A RETORDRE

dernière note biodégradable : UN PARCOURS TISSE AVEC DU FIL A RETORDRE
Guy Alexandre Sounda est né au Congo Brazzaville. Il a créé son association, la compagnie du Théâtre Poème, en juin 1997, durant la guerre civile et militaire, à Pointe-Noire. Il travaille autour de trois registres (le drame, le poème, le conte) pour construire un langage qui au plus près résume ses idées-forces et induit une triple perspective : celle du poète dont le regard va de l'intérieur à l'extérieur des choses, celle du comédien dont l'expression co-verbale évoque le monde dans sa fluidité et sa complexité, puis celle du conteur dont la parole éclaire nos zones d'ombres.

On l'a souvent qualifié de rêveur, rebelle, révolté, subversif. Ce sont plutôt là des indications qui justifient ses expériences et sa vision du monde. En aalternance avec ses études de droit public à l'université Marien Ngouabi de Brazzaville, il s'est formé aux techniques théâtrales entre 1986 et 1992 aussi bien au CFRAD (centre de Formation et de Recherche en Art Dramatique) de Brazzaville que dans diverses compagnies privées. Il a été initié tour à tour au chant, au mime, à la danse, au conte, aux arts clownesques et à l'écriture et à croisé des personnalités généreuses dont l'apport a déterminé le reste de son chemin.

De Brazzaville à Dakar, en passant par Rome, Ouagadougou, Paris, Bruxelles, il a travaillé avec et ou sous la direction d'artistes, passeurs de mots et de rêves, à l'instar de Rubia Matignon, Valérie Brancq, Jean Claude Loukalamou, Nicolas Bissi, Gilles Butin, Lionel Pouliquen, Georges Mboussi, Guy Stanislas Matingou, Danièle Rétif, Paul Milongo, Clémentine Magiera, Anna Wolf, Annet Henneman, Gianni Calastri, Françoise Danjoux, Eric Mampouya, Loredana Mauro, Nino Del'angelo, Lamine Ndiaye, Bernard Sallé, Gilles Boyer, Nzey Van Musala, Sylvain Massé, Francesco Petti, Arthur V. Batouméni. Des noms, mais surtout des fraternités somptueuses qui témoignent le parcours atypique d'un artiste miné par l'aventure intérieure.

Il a dirigé de nombreux chantiers sur les travaux de Bernard Dors, Artaud, Brecht, Stanislavski, Grotowski, Tchekhov, Brook, et monté une dizaine de créations personnelles. Les plus connues : « l'Ile des enfants perdus, Y a t-il une âme dans mon vers ». Au cinéma, 2 rôles lui ont été confiés : le 1er avec « L'épreuve du feu » réalisé à en 1992 par Camille Mouyéké, et le 2e avec « Les nuits d'Antoine » par Olivier Michaux et Jean-Pierre Makosso en 1997. Comme conteur, il a raconté dans le réseau éducatif, les hôpitaux, les prisons, les veillées pour tous les ages, mêlant contes d'ici et d'ailleurs, s'inspirant des scènes du quotidien, des situations les plus banales mais non moins cocasses et baroque.

À Pointe-Noire, au Congo Brazzaville, entre 1993 et 2001, il a enseigné le Français et le théâtre au lycée. De cette expérience sont nées les Journées culturelles de et pour l'enfance et la jeunesse, un festival que le Ministère de la jeunesse a soutenu. De juillet 2001 à juin 2003, Guy Alexandre Sounda a tourné dans plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest (Bénin, Burkina, Gambie, Côte d'Ivoire, Cap Vert, Niger, Mali, Togo) avant de s'installer au Sénégal dans le cadre d'une résidence implantation qui a débouché sur un festival : le chantier international de théâtre jeune public à Kaolack, ville située à 400 kms de Dakar.

Guy Alexandre Sounda réside actuellement en Italie et travaille régulièrement entre la France, la Suisse, Belgique et l'Italie.

# Posté le mardi 11 août 2009 04:24

la misère, partout la même : PLUS QU'UN MALENTENDU

la misère, partout la même : PLUS QU'UN MALENTENDU
Les gens se crachent dessus. Depuis la nuit des temps. Les gens. Les races. Les sexes. Les âges. Ils se crachent et se marchent dessus. Quelques fois au nom d'une idéologie faite de crottes et de poussière. Mais la plupart du temps pour une bagatelle, un mégot sans filtre et même une larme de chien galeux. Leurs crachats ont couleur de fiel fermentés à longueur des jours dans des bidons d'essence et de pétrole souvent achetés à coups de matraques et de mensonges, au plus loin des prairies infestées, au plus loin des brousses encanaillées et invivables. Leurs mots brûlent de tout bois. Leurs regards lancent des feux rougeoyants. Il faut se rendre à l'évidence : quelque chose ne tourne pas rond.

Les gens se marchent et se crachent dessus pour mille fois rien. Allons droit au but pour ne pas perdre du temps. Ça coûte un blé fou, perdre du temps. Nous sommes assis sur un gros malentendu. C'est pour ça que le monde, le nôtre, marche sur ses fesses, les bras repliés sur ses bras, les pieds arqués, les genoux bouffis des genoux. Un malentendu historique. Cela tient tout des idées reçues que des idées traficotées depuis la nuit des temps par ceux-là qui nous sortent des théories à rougir assis sur les fesses. Hitler est mort. Mobutu aussi. Bon et alors ? Les noirs ne sont plus noirs. Ils ont tous viré au blanc. Les blancs, eux, se défoncent la peau à coups de soleil dans le fion. Les jaunes blanchissent et se débrident les yeux pour mieux voir dans le noir. Les rouges rougissent de honte.
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# Posté le samedi 08 août 2009 09:31

publication : LE FANTOME DU QUAI D'EN FACE de guy alexandre sounda/Editions Dédicaces/Montréal, Québec.

publication : LE FANTOME DU QUAI D'EN FACE de guy alexandre sounda/Editions Dédicaces/Montréal, Québec.
Ce texte convoque implicitement un lieu intemporel. Disons mieux : un préau sans âge avec des ombres colorées qui défilent interminablement, un lieu inscrit au-delà de notre norme-alitée. Puis un personnage qui navigue entre l'irréel et le réel. Jonazs (ex-lésionnaire). Fantôme des temps modernes ? Ses mots braquent nos maux du doigt. Ceux que nous refusons de voir autour de nous, en nous et voire au-delà de nous.

Ensuite une valise dont le contenu nous renvoie à nos puérilités refoulées et à nos âneries lamentables : celles que nous nous tuons à cacher au plus loin de nous, à l'abri des regards curieux et sournois. Cette valise est un vrai bazar de babioles qu'il a patiemment collecté au gré de ses errances fantomatiques comme de précieux souvenirs d'une ère lointaine.

Puis une voix, celle d'un type largué au fond des oubliettes. Un ex-lésionnaire à qui l'on a flanqué un destin aux allures d'une fable pondue par un clochard rongé par l'hiver et le vin sur un banc solitaire, entre Barbès et Château Rouge. Elle claironne ses douleurs dès les premières secondes sous un ton caustique et drôle, comme pour nous donner à rire et à réfléchir en même temps. Elle exhume un homme ordinaire coincé sous le paillasson à cause d'une minable étourderie : de méchantes langues ont fait croire à tous ses proches ainsi qu'à sa propre femme qu'il est mort à la guerre en mille morceaux irrécupérables dans un caniveau. La voix explose pour faire renaître une vie que le monde croit à six pieds sous terre.

Un fantôme ? Plutôt un écorché qui s'accroche à sa parole pour nous raconter les recoins d'une histoire, la sienne, lardée de débrouillards, de geignards, de grognards, de roublards. Tout un joli petit monde souterrain qui barbote sur le pavé et à qui il prête son corps le temps d'une valse et d'un coup de gueule dans la mare. Chaque matin que le ciel fabrique, il se livre à une tâche délicate qui est celle de recoller ses propres morceaux éparpillés comme des grains de sel sur le pavé.
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# Posté le mardi 04 août 2009 09:39

Modifié le jeudi 20 août 2009 10:21