Ils sont là, tous en face de moi, leurs yeux me jaugent, me fouillent, me fusillent. Je tiens sur mes jambes qui tremblotent, je n'ose pas les regarder, tellement j'ai peur...
- Non, tu ne vas pas le faire, dis ?
- Tu ne vas pas raconter cette loufoquerie, oui ?
- Tu ne sais pas dans quoi tu vas plonger tes dents !
- Cette affaire a été jugée, classée et jetée aux oubliettes !
- Tu vas la boucler ta gueule, oui ?
Ils sont toujours là qui me bousillent du regard, je sens mon coeur cogner comme un fou. Je ne sais pas quoi faire. Parler ou me taire. Je voudrais parler. Des mois que j'en bave d'envie. C'est une question de vie ou de mort. Cette affaire, faudrait que j'en dise trois mots, en mémoire de mes trois fréres que jamais plus je ne retrouverai. Eux n'ont pas eu lachance que j'ai eu moi, cette nuit là.
Alors, je me décide : je vais ouvrir la bouche.
Mèmoires d'outre beach. Voilà, c'est comme ça que çacommence, un coup de feu, là quelque part, on ne sait pas, personne nel'a jamais su, personne n'a jamais voulu le savoir. Un coup de feu puis deux, trois, quatre et puis ça pétararde de partout. On se cache dans tous les trous...
Non,sérieux je vais en parler, ça fait des années que j'en bave d'impatience ! Trop de gens sont morts, morts pour rien, mort pour des broutilles, pour des sornettes ! Ce bateau, ce maudit bateau avec sa coque rongée, ah la vache ! Ils étaient pourtant venus nous le dire, nous le dire eux memes ce matin là...
Rentrez chez vous !
La guerre est close, oui je vous dis close, croyez moi !
Descendez au beach, un bateau vous attend !
Non je vous dis, je vais en parler, oui parler de ce matin là, ce putain de matin aux yeux rouges, cette saloperie de matin qui m'a volé mes trois fréres, et puis ce type, ce militaire aux joues balafrées !