un prochain petit bout de rêve au black : REVER COMME IL NE ME SERA JAMAIS DONNE DE REVER MEME MORT

un prochain petit bout de rêve au black : REVER COMME IL  NE ME SERA JAMAIS DONNE DE REVER MEME MORT
Rêver ! Vous est-il déjà arrivé de rêver ? Rêver comme il ne vous sera jamais donné de rêver même mort ? Rêver dans ce pays coincé entre 2 vagues folles qui creusent chaque jour le gouffre dans lequel la république plongerait dans pas longtemps si le Pape et ses travailleurs bénévoles ne remuaient pas le petit doigt ? Ce pays où le fils du président se prend pour le président du fils en brodant des fils à retordre avec tout ce qui lui tombe sous la main ? Ce pays où les citoyens fatigués de ramper au bas de la muraille revendent en sachets de dix centimes leur destin de pacotille en attendant de crever de blennorragie ? Rêver comme si le ciel allait se casser la gueule sur votre gueule alors que vous filez une longue queue devant le Ministère de la soupe populaire ? Rêver poches vides et pieds nus devant le Ministère du trésor public pendant que la pluie vous barbouille le visage et que les nouveaux riches – ces chômeurs de luxe qui tourbillonnent entre midi et deux autour du Pouvoir – font virevolter les femmes et les bagnoles aux mêmes endroits ? Rêver de sel de chine et de viande de chasse pendant que vous mastiquez machinalement une baguette de manioc à la pâte d'arachide ?

Rêver dans ce putain de pays merde où rêver peut être pris comme une satanée tentative de coup d'état préméditée passible d'un emprisonnement à mort surtout si vous avez rêvé d'épouser la cousine de la nièce de la s½ur du proche voisin de la cousine du fameux gardien de nuit qui a eu le vilain toupet de plonger quatre fois de suite ses yeux sommeilleux dans ceux du Président lorsqu'il venait brouter en catimini la femme de son garde du corps le caporal-simple Ernest Onga pendant que celui-ci crachait ses poumons au CHTU à cause des six paquets de brunes qu'il grillait entre minuit et six heures du matin au temps où il montait la garde au palais moyennant six crises de palu par mois ? Rêver la gueule ouverte à l'heure froide et constipée où les vendeuses de queue de dindon rentrent chez elles avec leurs lots d'invendus sur le dos ? Rêver lorsque vous vous retrouvez coincés entre deux kalachnikovs pétant de rage dans les mains d'un milicien complètement chanvré ? Rêver jusqu'au fond de votre bouteille de bière payée à crédit chez le barman d'en face qui risque de mettre sa clé sous le paillasson s'il n'arrête pas de vous prêter son alcool qu'il obtient grâce à sa fille cadette qui sort avec le directeur de la brasserie ? Rêver les narines bourrées de morve ?

Rêver au plus lointain de vos quatre gamins tous âgés de quatre ans et pondus par quatre mamans différentes qui elles ont été pondues par une même mère sous la même moustiquaire avec quatre pères d'ethnies différentes ? Rêver là où ça fait grincer vos quatorze dents cariées qui ne sortent qu'à minuit de peur de croiser les quatorze mille sourires étincelants qui patrouillent dans la ville ? Rêver là où ça crache votre minable sang de tuberculeux chronique jamais admis au CHTU parce que trop fauché et pas suffisamment connu dans le milieu des hommes pourritiques ? Rêver là où ça pète vos dix câbles de chômeur à la retraite anticipée sans aucune noix de colas ni un verre de vin pour tenir le coup ? Rêver même quand la faim et sa cousine la soif vous poussent dehors à deux heures du matin au milieu d'une meute de chiens enragés et de clochards péteux ? Rêver à califourchon sur le dos d'une pauvre gamine de quinze ans que son père vient de vomir en plein midi parce qu'elle est allée lui ramasser une sixième grossesse du côté de la gare où fourmillent les roublards de toutes les couleurs ? Rêver lorsque les routes qui vous mènent à la capitale se sont cassé le nez dès la première pluie ?

Je vous confie mes rêves. Brodés au black faute de permis de rêver. Ne vous inquiétez pas. Je l'aurais un jour ce putain de permis ! J'en ai fait la demande auprès du Ministère des rêves démocratiques. Je dois attendre un peu. Le ministre n'est pas là. Il est allé accoucher en île de France. Il a refusé le risque d'ouvrir ses jambes aux infirmiers tropicaux qui bourdonnent dans nos hôpitaux bondés à mort. Son gosse ne sera pas n'importe quel gosse. Il le bombardera directeur de cabinet dès qu'il aura seize ans oh même pas puis ministre de la jeunesse élégante et des sports de combat à mains nues dès qu'il aura frôlé la petite vingtaine. Il faut le comprendre. Il a un permis de rêver. Il peut rêver ce qu'il lui tombe dans la caboche : pisser sur la pelouse de la maison blanche, serrer la main gauche du Pape, traverser la mer Rouge sur une tige d'allumette ou mettre le trésor public sous le lit de sa mère. Il peut rêver tout ça. Il ne risque rien. N'est-il pas le fils du Président ? Tous les rêves pondus sur le territoire national passent sous ses aisselles avant de prendre le large. D'ailleurs il nous a sorti un décret la semaine dernière : sont considérés officiellement et officieusement comme potins de bas étage tous les rêves sans distinction de patois circulant sous le manteau ou vadrouillant d'une oreille à une autre !

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# Posté le lundi 08 juin 2009 18:09

Modifié le lundi 29 juin 2009 07:52

un duo conte congolais pour une belle aventure marionnettique : MANIPUL'ACTEURS

un duo conte congolais pour une belle aventure marionnettique : MANIPUL'ACTEURS
Ulrich Ntoyo & Dorient Kally. Deux jeunes artistes congolais de Pointe Noire que je n'avais pas vu depuis presque dix ans. L'un a fait ses premiers pas au Théâtre des verts avec mon frère Roch Baloukou et l'autre auprès de Jean Jules Koukou, un autre frère d'armes décédé il y a quelques années. Ils ont grandi. J'ai pu en effet le voir à travers leur dernier spectacle dont la portée laisse profiler une carrière juteuse dans l'art de la marionnette.

Ce spectacle s'attache à construire une représentation marionnettique de notre monde, métaphore poétique à même de mettre en lumière les mécanismes de la manipulation. Le propos de l'auteur ainsi que de la mise en scène collective qui en est tiré nous content une histoire, qui en quelque sorte commence à l'âge des temps. Un petit homme si tôt créé se voit envahir par l'irrésistible envie de découvrir le monde, un monde qu'il imagine tout beau. Mais son créateur le met en garde de ce voyage qu'il veut entreprendre à travers le monde. Car, dit-il, les hommes ont du mal à s'accepter dans leurs différences.

Petit Homme qui est tout aussi différent de toutes les autres créatures, décide néanmoins d'entreprendre ce voyage à la découverte du monde. Très progressivement, au cours de son parcours vont apparaître des petits personnages qui feront naître de petites histoires. Les envies de ce bout d'homme sont plus grandes que les difficultés qu'il rencontre : il voudrait créer un monde idéal où les hommes vivraient en parfaite harmonie. Même s'il se rend compte que les hommes ont du mal à s'accepter dans leurs différences, il ne baisse pas pour autant ses bras. Même s'il se trouve confronté aux préjugés, à la peur et à l'indifférence, il tentera tout de même d'ouvrir les yeux et le c½ur de chacun pour mettre fin à l'absurdité de la haine entre les peuples. Mais le monde n'est pas un conte fabuleux, et son combat s'avèrera long et tumultueux.

Ce spectacle est une belle proposition. L'idée est belle voire grandiose. Elle nous met devant un fait accompli : aussi différents que nous puissions être, nous sommes condamnés à vivre ensemble pour le meilleure et le délire. La richesse des uns et la pauvreté des autres ne remettent pas en question notre cohabitation puisque c'est de là que viennent l'harmonie et le bien être. Ce spectacle est un chant à l'amour et à la tolérance dans un monde où nos crottes et nos poussières prennent le dessus sur la raison, dans un monde qui de plus en plus devient une baignoire cahoteuse où les forts se délectent de la sueur des faibles. J'ai été aussi subjugué par le jeu à la fois terrien et aérien des acteurs : les deux françaises et les deux congolais, auteurs collectifs de cette mise en scène superbe. Le décor, ici des valoches d'un autre âge, bougent sans cesse et font éclater l'espace en même temps que le propos du jeune auteur, Dorient Kally. On sort de ce spectacle un peu grandi et très bouleversé. Leurs mots se mettent à trotter en nous aussitôt que la dernière valoche est fermée. Bon vent aux acteurs !
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# Posté le jeudi 30 avril 2009 06:09

Modifié le jeudi 30 avril 2009 06:53

un conte fou écrit par matondo kubu turé : VOUS ÊTES BIEN DE CE PAYS ?

un conte fou écrit par matondo kubu turé : VOUS ÊTES BIEN DE CE PAYS ?
J'ai écrit ce texte au sortir de la guerre de 1998-1999 qui a secoué le Congo. Cette guerre a été le spectacle d'un certain nombre de comportements inédits dans notre société. A la place de la sorcellerie et de l'envoûtement " normaux " que soignait " traditionnellement " le tradi-praticien, ont surgi les sorcelleries du viol, du pillage, de l'assassinat ethnique et autres, nécessitant à mon avis l'expertise du psychiatre, figure tutélaire que je propose face à l'irruption de ces nouvelles dérives historiques. Je n'ai pas considéré mon texte comme un roman, mais comme un conte. La suggestion onirique du roman est très en deçà de celle du conte. A mon avis, la dimension du roman ne peut plus saisir l'urgence des réalités africaines actuelles. La vie au quotidien en Afrique a largement dépassé la notion même de fiction. Le travail auquel je m'attelle actuellement, est d'arriver à traduire les tempos de l'Afrique dans toute leur folie exponentielle.

Les démocraties en Afrique sont l'exercice des minorités : paradoxe essentiel ! Ceux qui n'ont ni eau, ni électricité, qui ne peuvent se soigner convenablement, qui ne peuvent financer les études de leur progéniture, ceux qui sont engagés pour la liberté d'expression... sont souvent ceux qui finissent sur les feux des kalachnikovs. Dans la ville qui m'a vu naître, il y a des quartiers entiers qui ne sont même plus des bidonvilles; dans mon livre, j'en fais une description allusive (seulement); la réalité est plus tragique : nous avons vaincu les bidonvilles; ces quartiers sont des espaces où l'on enterre (à vie) les vivants. Le continent, un jour justement, devra se lever et dire : " je n'ai pas d'anus; je ne dois pas voter des budgets pour acheter du papier hygiénique." On nous impose des besoins de l'extérieur, pour alimenter les réseaux de corruption animés par les minorités au pouvoir.

Tout mon livre est parcouru par un humour dynamique. Je ne me donne certes aucune âme de militant passionnel. Dans notre pays le Congo, tous, nous savons le mal que cette race de reptiles a causé à notre patrie. Mais comme le chantait Brel : " la vie ne fait pas de cadeau " et nous ne devons surtout pas laisser les asticots entonner l'air éternel de la pourriture. Chacun pourra porter le jugement qui sera à sa portée, mais cette soi-disant " folle" n'est pas folle selon moi. Son histoire personnelle lui a imposé un état d'être qui n'est plus une rampe du quotidien. Elle surplombe la norme sclérosante. Elle pose des questions, une question au pays, à ses enfants. Au Congo, écrire s'apparente à un acte inutile. Depuis des décennies, les minorités au pouvoir ont intellectuellement terrorisé les catégories sociales susceptibles d'ouvrir un livre.

Extrait d'une interview réalisé Marc Talansi, publiée sur www.mwinda.org
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# Posté le lundi 20 avril 2009 20:15